Sciences comportementales et gestion des déchets

Sciences comportementales et gestion des déchets

ECOLOGIC SCRUTE NOTRE RELATION AVEC NOS ANCIENS SMARTPHONES POUR NOUS INCITER AU GESTE DE TRI

Ecologic, éco-organisme agréé par l’Etat et engagé dans des démarches actives de prévention, mène depuis plusieurs années des actions de recherche et de développement pour comprendre les leviers psychologiques et sociaux liés aux gestes de collecte des Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE) et tout particulièrement, au sujet d’un équipement emblématique : le smartphone. L’éco-organisme publie aujourd’hui, un premier état de l’art sur le sujet.

En s’appuyant sur les travaux de Dimitri Naczaj, Docteur en psychologie sociale & sciences comportementales, Ecologic est aujourd’hui à même de dresser un état de l’art  des déterminants des comportements relatifs aux smartphones en fin d’usage.

De l’usage et de l’abandon des smartphones

Pourquoi les smartphones qui ne servent plus s’accumulent-ils dans nos tiroirs ? Quels sont les comportements relatifs au réemploi ou à la réutilisation, à la réparation ou au tri pour recyclage ? Une fois ces questions posées en préambule, les enjeux de notre étude sont d’établir des actions de sensibilisation et de communication afin d’améliorer les pratiques et les bons gestes de tri des citoyens et en particulier, pour une première cible porteuse d’avenir : les étudiants, à travers un partenariat avec le Réseau Étudiant pour une Société Écologique et Solidaire (RESES).

Garder ses anciens portables : 7 raisons qui nous motivent

La littérature scientifique portée sur le stockage des téléphones portables par leur propriétaire mentionne plusieurs raisons. Il faut toutefois garder à l’esprit que la majorité de ces études portent sur des populations asiatiques, le plus souvent étudiantes, et parfois en incluant les « feature phone » ou téléphone portable « basique », bien que les comportements puissent différer lorsqu’il s’agit de ces équipements.

Toutefois, les principales conclusions semblent généralisables, car elles sont assez largement partagées par toutes les études publiées, et pointent clairement certains déterminants comme jouant un rôle essentiel. Sept d’entre elles, classées ici par ordre décroissant d’importance, semblent se dégager :

1.           La facilité du comportement par défaut : conserver un smartphone, après l’avoir remplacé, ne requiert aucune action particulière de la part du propriétaire, faisant de ce comportement le plus facile à adopter parmi tous (i.e., le réemploi, la réparation, le recyclage).

2.           Être sujet à un manque d’information sur les alternatives au stockage, ou les détails pratiques, comme les modalités ou le lieu des systèmes de collecte.

3.           Se dire que même s’il est remplacé, il pourra toujours servir, à son propriétaire ou à un proche.: Cette perception d’utilité et de valeur du smartphone joue un rôle très important dans la décision de le conserver.

4.           Craindre l’exploitation d’informations personnelles contenues dans l’appareil.

5.           Être attaché à l’équipement et potentiellement ressentir une anxiété à s’en débarrasser.

6.           Hésiter à s’en déposséder pour des notions de valeur pécuniaires.

7.           Manquer d’intérêt pour les causes environnementales, ne pas se soucier des bénéfices des réemploi, de la réparation ou du recyclage.  Ce déterminant est crucial, même si peu reporté par la littérature scientifique, car sa mesure est difficile à cause de différents biais cognitifs et des normes sociales

Il est important de souligner que certains de ces déterminants peuvent s'associer, rendant encore plus probable le stockage de ces équipements, et aussi plus grand le risque de mauvais tri, par exemple la mise à la poubelle d’ordures ménagères, source de pollution.

Comment sortir les mobiles usagés stockés inutilement chez soi ?

Outre les habituels objectifs de collecte et de recyclage, le nouveau cahier des charges d'agrément pour la filière DEEE inclut un objectif inédit et ambitieux sur le sujet sous forme d’une mesure bisannuelle : le nombre de téléphones portables usagés stockés par leur détenteur, et exige une division par deux de ce stock sur la période d'agrément  par rapport à la première année.

Ainsi, la connaissance puis l’action sur les sept leviers énoncés ci-dessus sera primordiale pour atteindre cet objectif. Plusieurs recommandations structurelles concluent cet état de l'art. Elles viennent compléter certains éléments de l’étude filière de 2019 sur les téléphones, qui n’abordait pas autant ce prisme comportemental.

Ces recommandations se déclinent sur quatre thèmes :

-             Informer, sensibiliser et persuader : apporter l’information sur les solutions de collecte au moment opportun, en ciblant la solution la plus adaptée en fonction de la population et changer les attitudes sur la gestion des déchets.

-             Faciliter les comportements désirés en multipliant les solutions de collecte, les acteurs concernés et les interfaces de communications utilisées.

-             Engager les citoyens dans une démarche de changement comportemental après la sensibilisation.

-             Prendre en compte les valeurs perçues : rétribuer la reprise ou le recyclage à une valeur juste et viable lorsque les moyens précédents sont insuffisants. Il est cependant indispensable de noter que cette recommandation ne peut en aucun cas se substituer seule aux autres, comme la précédente étude menée par Ecologic sur le sujet en 2020 tend à montrer.

Se focaliser sur les 3R : Réparation, Réutilisation, Recyclage

L’objectif d’Ecologic est de favoriser un meilleur comportement en fonction de l’état de l’équipement. Des études et expériences sur la réparation ou la réutilisation sont menées avec différents partenaires.

En parallèle et toujours sur le sujet des sciences comportementales, Ecologic a signé un partenariat avec le RESES. Ensemble et d’ici la fin de l’année, ils procèderont à l’analyse des représentations sociales des 3R sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEEE), auprès de 200 étudiants. Cette enquête et ses interprétations par nos partenaires experts du sujet faciliteront la connaissance et permettront la diffusion d’une communication et d’actions efficaces, adaptées à la perception qu’ont les étudiants de leurs EEE. En particulier, les conclusions seront très utiles pour aider et accompagner le déploiement de solutions de collecte spécialement développées pour répondre aux besoin des campus universitaires, à l’image du container installé sur l’Université de Nantes dans le cadre d’une expérimentation.

Si les normes sociales sont plutôt favorables aux 3R, emblématiques de l'attitude pro-environnementale, l'enjeu est de transformer systématiquement les essais en faisant de ces attitudes positives des comportements exemplaires et surtout, des réflexes quotidiens.